Qui est responsable de réunir les pièces ?
Le chef d'entreprise. C'est le commerçant qui doit procéder à l'enregistrement comptable des mouvements affectant son patrimoine (article L. 123-12 du code de commerce) et conserver les pièces justificatives pendant dix ans (article L. 123-22). Le cabinet intervient dans le cadre de la mission définie par la lettre de mission, et reste tenu d'un devoir d'information et de conseil (article 155 du décret du 30 mars 2012).
Que doit prévoir la lettre de mission au sujet des pièces ?
Le décret exige un contrat écrit qui précise les droits et obligations de chaque partie et fait référence aux règles professionnelles de l'Ordre (article 151). Le contenu exact d'une clause relative aux pièces relève de votre rédaction.
En pratique, les points utiles à écrire sont la nature des pièces, la forme et le canal de remise, la périodicité, le délai, l'interlocuteur côté client et les conséquences d'un défaut (relance, information du dirigeant, interruption). Plus la clause est précise, plus elle sert le jour du blocage.
Peut-on arrêter la mission faute de pièces ?
La mission s'exerce jusqu'à son terme, mais peut être interrompue pour des motifs justes et raisonnables, tels que la méconnaissance d'une clause substantielle du contrat, en s'efforçant de ne pas porter préjudice au client (article 156). Le code civil permet de suspendre l'exécution lorsqu'il est manifeste que le cocontractant ne s'exécutera pas, la suspension devant être notifiée dans les meilleurs délais (article 1220).
La décision se prend donc sur ce qui est écrit dans le contrat et sur ce qui a été demandé puis notifié au client. C'est la raison d'être de la traçabilité.
Pourquoi les pièces tardives pèsent-elles sur les délais de clôture et de dépôt ?
Parce que ces délais courent à partir de la clôture de l'exercice, pas de la remise des pièces. Les comptes doivent être soumis à l'approbation dans les six mois de la clôture, sauf prolongation par décision de justice (articles L. 223-26 et L. 225-100 du code de commerce), puis déposés au greffe dans le mois suivant l'approbation, ou dans les deux mois si le dépôt est électronique (articles L. 232-22 et L. 232-23).
Une pièce qui arrive tard consomme donc du temps de production sans décaler l'échéance.
Que prouve un historique de relances ?
Celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver (article 1353 du code civil). Un historique daté, avec le canal, le destinataire et le contenu de chaque demande, permet de montrer au client, et le cas échéant à un tiers, ce qui a été demandé et quand.
Il complète la lettre de mission sans la remplacer : l'historique établit les faits, le contrat établit l'obligation.
Un défaut répété de remise des pièces doit-il compter dans le maintien de la mission ?
Pour ses missions récurrentes, le professionnel examine périodiquement si des circonstances nouvelles ne remettent pas en cause leur poursuite (article 150 du décret du 30 mars 2012). Un défaut persistant de remise des pièces est une circonstance que le cabinet peut y examiner.
Avoir l'historique des demandes sous la main rend cet examen factuel plutôt qu'impressionniste.