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Maîtriser les agents IA : savoir ce qu'on délègue, et ce qu'on contrôle.

Un agent IA n'est ni un modèle de langage ni un simple workflow : il choisit lui-même ses étapes. Rouage met en place avec votre cabinet le cadre qui permet de lui confier des tâches précises, d'en mesurer les erreurs et de garder une personne responsable de chaque résultat.

Agent, modèle, workflow : trois objets différents

Ces trois termes s'emploient souvent l'un pour l'autre. La distinction compte, car le niveau de contrôle à prévoir, et donc le risque, en découlent.

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Un modèle de langage

Un programme qui produit du texte à partir d'un texte reçu. Seul, il n'a accès ni à vos fichiers ni à vos logiciels, il n'agit sur rien et ne vérifie rien : il fournit une réponse vraisemblable, qui n'est pas nécessairement exacte.

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Un workflow automatisé

Une suite d'étapes écrites à l'avance par des personnes : si telle condition, alors telle action. Les mêmes données donnent le même résultat. Un workflow peut appeler un modèle à une étape précise sans cesser d'en être un, puisque le chemin reste fixé par ses auteurs. Selon le considérant 12 du règlement européen sur l'IA, la définition du système d'IA ne devrait pas couvrir les systèmes fondés sur des règles définies uniquement par des personnes physiques pour exécuter automatiquement des opérations. Dès qu'un modèle intervient, la qualification est à examiner.

03

Un agent IA

Un modèle de langage muni d'outils (lire un fichier, interroger une base, écrire dans un logiciel) qui décide lui-même des étapes à enchaîner pour atteindre un objectif : il agit, observe le résultat, puis poursuit ou s'arrête. Ce qui le distingue du workflow, c'est qui choisit le chemin : le modèle, non l'auteur.

Le règlement (UE) 2024/1689 ne définit pas l'agent. Il définit le système d'IA (art. 3, point 1) : un système automatisé conçu pour fonctionner à différents niveaux d'autonomie, qui déduit des entrées qu'il reçoit la manière de générer des sorties telles que des prédictions, du contenu, des recommandations ou des décisions.

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Trois niveaux de contrôle

Niveau 1, le workflow déterministe : chemin et règles écrits par des personnes, aucun modèle dans la décision. Niveau 2, le workflow assisté par un modèle : chemin fixe, mais un modèle intervient à des étapes bornées (lire un document, extraire des champs, proposer un brouillon) et sa sortie est contrôlée avant l'étape suivante. Niveau 3, l'agent autonome : le modèle choisit les étapes et les outils.

Plus on monte, plus la tâche peut être large et moins le résultat est prévisible. Règle de conception : retenir le niveau le plus bas qui fait le travail.

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Où l'agent apporte un vrai gain

Là où la tâche est répétitive, documentaire, à règles explicites et à résultat vérifiable : rapprocher une pièce d'une écriture, extraire et contrôler les mentions d'un document, préparer un projet d'acte à partir d'une fiche, repérer des écritures atypiques à faire revoir. Le critère pratique : on sait dire à l'avance à quoi ressemble un bon résultat, et un contrôleur le vérifie plus vite qu'il ne l'aurait produit.

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La supervision humaine, condition de l'usage

Une personne nommée répond de chaque résultat. Elle a la compétence et l'autorité pour le refuser, elle voit ce que l'agent a fait, et l'agent n'écrit dans un système de production qu'après sa validation. Un second agent peut contrôler le premier, il ne remplace pas cette personne. Pour les systèmes à haut risque, le règlement demande de confier le contrôle humain à des personnes qui disposent des compétences, de la formation et de l'autorité nécessaires, ainsi que du soutien nécessaire (art. 26, § 2) : la formule vaut comme repère.

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Évaluer un agent

Un agent se juge sur des cas, pas sur une démonstration. On constitue un jeu de dossiers de test dont la réponse attendue a été établie par une personne compétente, avec des cas limites : pièce illisible, doublon, montant à zéro, document ambigu, document qui contient une consigne. Le taux d'erreur se mesure par type d'erreur, car une omission et une fausse alerte n'ont pas le même coût. Le jeu se rejoue à chaque changement de modèle, de consigne ou d'outil. Le résultat vaut pour ce jeu et cette tâche, pas pour l'agent en général.

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Comment un agent défaille

L'hallucination : une sortie plausible mais fausse ou sans fondement, présentée avec assurance. La dérive : des résultats qui changent sans que le cabinet ait rien modifié, parce que le modèle, une consigne ou la nature des dossiers a évolué.

L'injection de prompt : un texte contenu dans un document traité (facture, courriel, PDF) est pris pour une consigne et modifie le comportement de l'agent. Le projet OWASP la range en tête des risques des applications fondées sur des modèles (LLM01:2025) et indique que la recherche documentaire augmentée et le réglage fin ne l'écartent pas entièrement. La dépendance à un fournisseur : le modèle, ses conditions et son lieu de traitement relèvent d'un tiers.

Le cadre juridique ne fait pas de l'agent une catégorie à part. Un cabinet qui utilise un système d'IA dans son activité professionnelle en est le « déployeur » (règlement (UE) 2024/1689, art. 3, point 4). L'article 4 lui demande de prendre des mesures pour favoriser la maîtrise de l'IA par son personnel et par les personnes qui utilisent le système pour son compte ; il s'applique depuis le 2 février 2025 et sa rédaction actuelle résulte du règlement (UE) 2026/1744, en vigueur depuis le 27 juillet 2026. Les obligations propres aux systèmes à haut risque de l'annexe III s'appliquent à partir du 2 décembre 2027 (art. 113, tel que modifié). Parmi les domaines de cette annexe (biométrie, emploi, accès à certains services essentiels, justice, notamment), aucun ne vise la tenue ou la révision d'une comptabilité en tant que telle ; un usage touchant à l'emploi, par exemple le suivi et l'évaluation des performances des collaborateurs, y entre. La qualification dépend de l'usage.

Sources : règlement (UE) 2024/1689, art. 3, 4, 26, 113, considérant 12, annexe III, tel que modifié par le règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 (JOUE du 24 juillet 2026) ; OWASP Top 10 for LLM Applications 2025, LLM01. Les définitions de l'agent et des trois niveaux de contrôle sont celles que Rouage retient pour travailler : aucun texte ne les fixe.

Où ça se complique en cabinet

Quatre endroits où l'usage d'un agent, simple à décider, devient difficile à tenir sur un portefeuille.

01

Déléguer ce qui relève du jugement ou de la responsabilité

Une opinion, une attestation, l'appréciation d'un risque, la décision d'entrer ou non en relation avec un client : un agent peut préparer ces éléments, il ne peut pas en répondre. Le code de déontologie demande de donner à chaque question examinée le soin et le temps qu'elle nécessite, pour acquérir une certitude suffisante avant toute proposition (décret n° 2012-432, art. 145, 2°). Et toute personne physique a le droit de ne pas faire l'objet d'une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé qui produit des effets juridiques la concernant ou l'affecte de manière significative de façon similaire, sous les exceptions de l'article 22, § 2, du RGPD.

02

Des données de clients qui sortent sans cadre

Les experts-comptables, leurs salariés mentionnés aux articles 83 ter et 83 quater et leurs stagiaires sont tenus au secret professionnel dans les conditions de l'article 226-13 du code pénal (ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945, art. 21). Confier des dossiers à un modèle exploité par un tiers suppose donc un cadre écrit : le prestataire qui traite pour le compte du cabinet relève de l'article 28 du RGPD (contrat, instructions documentées, autorisation préalable des sous-traitants ultérieurs, suppression ou restitution en fin de prestation). Pseudonymiser avant l'envoi est une mesure de sécurité reconnue (art. 32, § 1, a), mais elle ne sort pas du RGPD : une donnée qui peut être rattachée à une personne par des informations supplémentaires reste une donnée personnelle (considérant 26).

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Une validation qui n'en est plus une

Quand un agent a eu raison longtemps, la personne qui valide finit par suivre sa sortie sans la contrôler. Le règlement européen nomme ce biais d'automatisation et demande, pour les systèmes à haut risque, que les personnes chargées du contrôle en aient conscience (art. 14, § 4, b). La Cour de justice de l'Union européenne a jugé qu'un score établi automatiquement est lui-même une « décision individuelle automatisée » au sens de l'article 22 lorsque la décision d'un tiers en dépend de manière déterminante (arrêt du 7 décembre 2023, C-634/21). Une validation qui n'examine plus rien ne remplit pas son rôle.

04

Un agent qui change sans que personne ne le voie

Un résultat mesuré en septembre ne vaut plus en octobre si le fournisseur a modifié ou retiré le modèle, si une consigne a été retouchée ou si la nature des dossiers a changé. La dépendance à un fournisseur est la même question vue du contrat : les conditions, le lieu de traitement et la durée de disponibilité du modèle ne vous appartiennent pas. Sans jeu de test rejoué à chaque changement ni journal des versions, le cabinet ne peut ni détecter la dérive ni comparer avec un autre modèle.

Ce que Rouage met en place et transmet

Un travail sur mesure, mené à partir de ce que fait réellement votre cabinet.

01

Une cartographie de vos tâches par niveau de contrôle

Pour chaque tâche répétée par vos équipes, le niveau qui lui convient (workflow, workflow assisté par un modèle, agent), la raison du choix et les tâches écartées d'emblée parce qu'elles engagent un avis ou une signature. Souvent, un workflow suffit : la cartographie le dit.

02

Une supervision écrite avant toute mise en service

Qui valide quoi, à quel moment, avec quelles pièces sous les yeux, et ce qui bloque l'exécution tant que la validation manque. Chaque décision entre dans un journal daté, de sorte qu'on peut retrouver ce que l'agent a produit, ce que la personne a retenu et ce qu'elle a écarté.

03

Un jeu de cas de test et une mesure des erreurs

Construit avec vos dossiers, cas limites compris, et rejoué à chaque changement de modèle, de consigne ou d'outil. Le cabinet sait ce que l'agent réussit, ce qu'il rate et de quelle manière, et décide de lui ouvrir ou non une tâche de plus au vu de ces mesures.

04

Un cadre de données et une transmission à vos équipes

Les données sont pseudonymisées avant tout traitement par un modèle, et les conditions du fournisseur sont examinées avec vous. Des séances de travail sur vos propres dossiers montrent aux équipes les limites d'un agent et les réflexes de contrôle. Ce n'est pas une formation certifiante ni reconnue : cela peut contribuer aux mesures que le cabinet prend au titre de l'article 4 du règlement, sans les épuiser.

Rouage s'appuie sur ce qu'il a conçu : des agents supervisés pour des formalités juridiques (un agent génère, un autre contrôle, une personne valide), un moteur de détection d'opérations atypiques dans un FEC et une application de conformité qui garde un journal daté de chaque décision. Ce sont ces principes que le cabinet reprend à son compte.

Deux limites, pour que ce soit clair. Rouage ne propose pas un agent généraliste à brancher sur tous vos dossiers : chaque dispositif est circonscrit à une tâche et mesuré sur cette tâche. Et la responsabilité ne se déplace pas : l'avis, la décision et la signature restent ceux de votre cabinet.

Comment ça se passe

De la prise de rendez-vous à la mise en service supervisée, en trois temps.

  1. 1

    Rendez-vous

    On liste les tâches que vos équipes répètent, on classe chacune selon le niveau de contrôle qui lui convient et on écarte d'emblée celles qui relèvent du jugement. Quelques dossiers suffisent pour juger si une tâche se prête à un agent ou si un workflow fait mieux.

  2. 2

    Cadrage et mesure

    Pour une ou deux tâches retenues, le périmètre, la supervision (qui valide, quoi, à quel moment) et le jeu de cas de test avec ses cas limites sont écrits avec vous. Les données sont pseudonymisées avant tout traitement par un modèle.

  3. 3

    Mise en service supervisée

    Le dispositif travaille sous validation, les erreurs sont relevées et ajoutées au jeu de test, et ses droits d'action ne sont élargis qu'au vu des mesures. Vos équipes reprennent peu à peu les contrôles à leur compte.

Questions de fond

Ce que disent les textes, et ce qu'ils ne disent pas.

Un agent entre-t-il dans le champ du règlement européen sur l'IA ?

Le règlement ne définit pas l'agent, il définit le « système d'IA » (art. 3, point 1). Un agent bâti sur un modèle qui déduit des entrées la manière de produire des sorties, avec une part d'autonomie, répond vraisemblablement à cette définition ; un workflow à règles uniquement humaines n'est pas visé, selon le considérant 12. Le cabinet qui l'utilise dans son activité professionnelle est un « déployeur » (art. 3, point 4). Les usages de comptabilité ne figurent pas dans les domaines à haut risque de l'annexe III, mais la qualification dépend de l'usage et se fait au cas par cas.

L'article 4 oblige-t-il à former les équipes ?

Il demande aux déployeurs de prendre des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l'IA par leur personnel et par les autres personnes qui utilisent les systèmes pour leur compte, en tenant compte de leurs connaissances, de leur expérience, de leur formation et du contexte d'utilisation (art. 4, § 1). Depuis le règlement (UE) 2026/1744, il ne contraint pas à garantir un niveau spécifique de maîtrise par individu. Le texte n'impose ni durée, ni forme, ni certification. L'article 4 s'applique depuis le 2 février 2025 (art. 113) ; sa rédaction actuelle est en vigueur depuis le 27 juillet 2026.

Une validation humaine suffit-elle à écarter l'article 22 du RGPD ?

L'article 22 vise les décisions fondées exclusivement sur un traitement automatisé qui produisent des effets juridiques ou affectent la personne de manière significative de façon similaire (§ 1). Les exceptions (contrat, droit de l'Union ou national, consentement explicite) s'accompagnent au moins du droit d'obtenir une intervention humaine, d'exprimer son point de vue et de contester la décision lorsqu'il s'agit du contrat ou du consentement (§ 2 et 3). La Cour de justice a retenu qu'un score automatisé est lui-même une décision lorsque la décision d'un tiers en dépend de manière déterminante (arrêt du 7 décembre 2023, C-634/21). Le critère n'est donc pas la présence d'une personne dans la chaîne, mais le poids réel de la sortie automatisée sur la décision. Rouage conçoit la validation pour que la personne ait les éléments pour s'écarter de la proposition de l'agent, et que ses écarts soient tracés.

Quel taux d'erreur est acceptable ?

Il n'existe pas de taux universel. Il dépend du coût d'une erreur et de ce qui la rattrape en aval : une fausse alerte relue en une minute et une écriture passée à tort n'appellent pas le même seuil. Le bon repère est le taux d'erreur de la même tâche réalisée sans agent, mesuré sur le même jeu de dossiers, par type d'erreur. Un taux annoncé par un fournisseur ou observé ailleurs ne se transpose pas à vos dossiers.

Les données envoyées à un modèle sont-elles conservées ou réutilisées ?

Cela dépend du fournisseur, du service et du contrat : aucune réponse générale n'est valable, et rien ne doit être supposé. Avant tout usage sur des données de clients, le cabinet obtient par écrit les finalités et la durée de conservation, l'absence ou l'existence d'une réutilisation, le lieu de traitement et les transferts hors de l'Union, ainsi que les sous-traitants ultérieurs. L'article 28 du RGPD fait de ces points le contenu du contrat de sous-traitance (§ 2, 3 et 4). Rouage pseudonymise les données avant tout traitement par un modèle.

Par quelle tâche commencer ?

Par une tâche répétitive, documentaire, dont on sait écrire à l'avance le bon résultat et qu'une personne vérifie plus vite qu'elle ne l'aurait produite. Elle démarre au niveau de contrôle le plus bas qui convient, souvent un workflow, et ne monte d'un niveau que si la mesure le justifie. Les tâches qui engagent un avis ou une signature restent à l'écart.

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