01
Un modèle de langage
Un programme qui produit du texte à partir d'un texte reçu. Seul, il n'a accès ni à vos fichiers ni à vos logiciels, il n'agit sur rien et ne vérifie rien : il fournit une réponse vraisemblable, qui n'est pas nécessairement exacte.
02
Un workflow automatisé
Une suite d'étapes écrites à l'avance par des personnes : si telle condition, alors telle action. Les mêmes données donnent le même résultat. Un workflow peut appeler un modèle à une étape précise sans cesser d'en être un, puisque le chemin reste fixé par ses auteurs. Selon le considérant 12 du règlement européen sur l'IA, la définition du système d'IA ne devrait pas couvrir les systèmes fondés sur des règles définies uniquement par des personnes physiques pour exécuter automatiquement des opérations. Dès qu'un modèle intervient, la qualification est à examiner.
03
Un agent IA
Un modèle de langage muni d'outils (lire un fichier, interroger une base, écrire dans un logiciel) qui décide lui-même des étapes à enchaîner pour atteindre un objectif : il agit, observe le résultat, puis poursuit ou s'arrête. Ce qui le distingue du workflow, c'est qui choisit le chemin : le modèle, non l'auteur.
Le règlement (UE) 2024/1689 ne définit pas l'agent. Il définit le système d'IA (art. 3, point 1) : un système automatisé conçu pour fonctionner à différents niveaux d'autonomie, qui déduit des entrées qu'il reçoit la manière de générer des sorties telles que des prédictions, du contenu, des recommandations ou des décisions.
04
Trois niveaux de contrôle
Niveau 1, le workflow déterministe : chemin et règles écrits par des personnes, aucun modèle dans la décision. Niveau 2, le workflow assisté par un modèle : chemin fixe, mais un modèle intervient à des étapes bornées (lire un document, extraire des champs, proposer un brouillon) et sa sortie est contrôlée avant l'étape suivante. Niveau 3, l'agent autonome : le modèle choisit les étapes et les outils.
Plus on monte, plus la tâche peut être large et moins le résultat est prévisible. Règle de conception : retenir le niveau le plus bas qui fait le travail.
05
Où l'agent apporte un vrai gain
Là où la tâche est répétitive, documentaire, à règles explicites et à résultat vérifiable : rapprocher une pièce d'une écriture, extraire et contrôler les mentions d'un document, préparer un projet d'acte à partir d'une fiche, repérer des écritures atypiques à faire revoir. Le critère pratique : on sait dire à l'avance à quoi ressemble un bon résultat, et un contrôleur le vérifie plus vite qu'il ne l'aurait produit.
06
La supervision humaine, condition de l'usage
Une personne nommée répond de chaque résultat. Elle a la compétence et l'autorité pour le refuser, elle voit ce que l'agent a fait, et l'agent n'écrit dans un système de production qu'après sa validation. Un second agent peut contrôler le premier, il ne remplace pas cette personne. Pour les systèmes à haut risque, le règlement demande de confier le contrôle humain à des personnes qui disposent des compétences, de la formation et de l'autorité nécessaires, ainsi que du soutien nécessaire (art. 26, § 2) : la formule vaut comme repère.
07
Évaluer un agent
Un agent se juge sur des cas, pas sur une démonstration. On constitue un jeu de dossiers de test dont la réponse attendue a été établie par une personne compétente, avec des cas limites : pièce illisible, doublon, montant à zéro, document ambigu, document qui contient une consigne. Le taux d'erreur se mesure par type d'erreur, car une omission et une fausse alerte n'ont pas le même coût. Le jeu se rejoue à chaque changement de modèle, de consigne ou d'outil. Le résultat vaut pour ce jeu et cette tâche, pas pour l'agent en général.
08
Comment un agent défaille
L'hallucination : une sortie plausible mais fausse ou sans fondement, présentée avec assurance. La dérive : des résultats qui changent sans que le cabinet ait rien modifié, parce que le modèle, une consigne ou la nature des dossiers a évolué.
L'injection de prompt : un texte contenu dans un document traité (facture, courriel, PDF) est pris pour une consigne et modifie le comportement de l'agent. Le projet OWASP la range en tête des risques des applications fondées sur des modèles (LLM01:2025) et indique que la recherche documentaire augmentée et le réglage fin ne l'écartent pas entièrement. La dépendance à un fournisseur : le modèle, ses conditions et son lieu de traitement relèvent d'un tiers.
Le cadre juridique ne fait pas de l'agent une catégorie à part. Un cabinet qui utilise un système d'IA dans son activité professionnelle en est le « déployeur » (règlement (UE) 2024/1689, art. 3, point 4). L'article 4 lui demande de prendre des mesures pour favoriser la maîtrise de l'IA par son personnel et par les personnes qui utilisent le système pour son compte ; il s'applique depuis le 2 février 2025 et sa rédaction actuelle résulte du règlement (UE) 2026/1744, en vigueur depuis le 27 juillet 2026. Les obligations propres aux systèmes à haut risque de l'annexe III s'appliquent à partir du 2 décembre 2027 (art. 113, tel que modifié). Parmi les domaines de cette annexe (biométrie, emploi, accès à certains services essentiels, justice, notamment), aucun ne vise la tenue ou la révision d'une comptabilité en tant que telle ; un usage touchant à l'emploi, par exemple le suivi et l'évaluation des performances des collaborateurs, y entre. La qualification dépend de l'usage.
Sources : règlement (UE) 2024/1689, art. 3, 4, 26, 113, considérant 12, annexe III, tel que modifié par le règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 (JOUE du 24 juillet 2026) ; OWASP Top 10 for LLM Applications 2025, LLM01. Les définitions de l'agent et des trois niveaux de contrôle sont celles que Rouage retient pour travailler : aucun texte ne les fixe.